Le bois

Odorant, doux, léger, noueux, le bois d’arolle se laisse pourtant bien œuvrer. On obtient un poli exceptionnel puisque c’est un bois rempli de matière grasse. Le fait qu’il peut présenter de fortes variations est un vrai régal tout au long du processus de fabrication. En effet, ce bois se dévoile petit à petit, le premier coup de scie révèle le dessin et le contraste de ses nœuds. Au rabotage ce sera la finesse extrême de son veinage qui peut vous surprendre, et au ponçage ce sera peut être ses nuances de couleurs de l’oranger au rose qui vous émerveilleront. L’arolle est le bois de tous les sens, c’est pour ça qu’il me plait tant. Depuis mes premiers découpages sur bois étant enfant, l’odeur du bois m’interpelait. Chaque essence à sa propre fragrance c’est connu, mais elle disparaît presque complètement, directement à la fin du façonnage. L’arolle à ceci de particulier, c’est qu’il sent toujours, même passivement. Pas besoin de poncer votre lit chaque soir pour le sentir. 

Au fil des années, j’ai trouvé des partenaires qui gèrent les forêts d’arolle. On dit qu’il est « cueilli » par les bûcherons, et exploité de manière durable et respectueuse. J’arrive ainsi à constituer un stock important de bois de différentes épaisseurs. Le séchage naturel à l’air libre lui permet de garder un maximum son huile précieuse. 

Vu l’altitude élevée et les conditions climatiques des endroits ou l’arolle vit, sa croissance est ultra-lente, donc ses cernes sont inévitablement très serrées. Je suis souvent impressionné et dois me munir d’une loupe pour pouvoir les compter. Il n’est pas rare que j’en dénombre 250, 300 et même 500 ! Oui, il arrive que je travaille du bois d’un arbre qui a pû naître vers les années 1500, Christophe Collomb découvrait l’Amérique… mais la planche n’est pas plus large que 40cm. Ceci m’impose donc un profond respect et je prends soin de chaque morceau de ce bois si précieux à mes yeux.

Imaginez aussi ce que peut subir un arbre qui grandi là-haut. A combien d’orages, de tempêtes, de chutes de pierres, voir d’avalanches a-t-il survécu. Dès lors il a peut-être quelques cicatrices qui apparaissent dans les planches que je vais œuvrer. Chaque fois que c’est possible j’exploite et essaye de mettre en valeur l’unicité de ce « défaut » particulier. Je suis bien loin de la philosophie industrielle.